Je considère qu’hommes et femmes sont égaux, et par conséquent, qu’une femme comme un homme devrait avoir un bagage minimum pour être autonome : savoir cuisiner et réparer la plomberie, changer une couche aussi bien qu’une roue de vélo/voiture, prendre soin de soi et des autres, faire pousser ses légumes, connaître les bases de l’electricité et de la mise en conserves …
(J’ai encore des apprentissages devant moi !)
Je suis très énervée à l’idée qu’on pousse les petits garçons, à l’école et même avant, à être combatifs et durs à la douleur (et donc à ne pas s’écouter, à se couper de leur émotions). Je suis tout autant furieuse de savoir que ces “qualités” leur favoriseront leur “réussite” scolaire et professionnelle dans un monde compétitif, alors qu’on aura enseigné aux petites filles la douceur et la discrétion, qui seront autant de boulets dans le même cadre.
En gros, je considère que l’inégalité des sexes fait du mal aux femmes et aux hommes. Certains courants de pensée considèrent qu’hommes et femmes sont potentiellement identiques en tous points sauf certains points physiques (et encore, les différences sont plus ou moins prononcées), et que c’est un façonnage culturel qui nous pousse à penser en terme de féminin/masculin. Je ne sais pas si j’adhère à ces théories, mais à tout prendre je les trouve plus créatrices de liberté que dangereuses : j’ai donc une certaine sympathie pour elles.
Tout cela pour vous dire que je vais assez loin dans ma perspective féministe. Nota bene, féminisme : mouvement politique qui prône l’égalité réelle entre les hommes et les femmes.
Vous comprendrez donc mieux mon propre énervement à avoir vu une jeune femme choisir pour Noël ces cadeaux : pour un petit garçon, une panoplie d’expériences scientifiques ; pour une petite fille, un sac à main avec des papillons roses.
Je lui ai demandé la liste des cadeaux précédents pour les deux enfants : pour la petite fille, un déguisement de fée, un autre de sirène, un livre sur les princesses, un tableau pour jouer à la maîtresse ; pour le petit garçon, un déguisement de cow-boy, un guide des insectes, un livre sur Cyrano de Bergerac, une sortie au planétarium …
J’étais stupéfaite.
La jeune femme, c’est moi.
C’est pas gagné …
C’est la première fois que je me rends compte de cette tendance en moi. J’ai donc ramassé ce qui restait de ma dignité, reposé mes jouets, et suis retournée réfléchir dans mon coin. Mon coin où sont passés les copains et copines pour en discuter (y avait du thé et des gâteaux).
Je ne suis pas du tout sûre que ma nièce aimerait un jeu scientifique. C’est elle qui réclame du rose, des princesses et des figurines de bestioles aux yeux de manga. En même temps, si chacun renforce, en toute innocence, en toute inconscience, “pour lui faire plaisir” depuis ces 3 ans (l’âge où elle est entrée à l’école et où la sauvageonne est devenue petite fille) ces aspects de sa personnalité …
Je suis sûre que mon petit beau-frère ne saurait pas quoi faire d’un sac à main (rose). Mais j’aimerais bien lui dire qu’il n’est pas obligé d’aimer les maths, le foot et la bagarre … et de détester jouer à la dînette, ou dessiner des princesses …
Du coup, on a choisi des films de Miyazaki pour le petit gars qui ne les connaît pas, et les albums Mon chat le plus bête du monde et consorts pour la petite fille.
Pas facile, n’est-ce pas, de mettre en pratique toutes nos belles idées ?
Pour les jouer, je me surveille et je finis souvent par opter pour ces choses “asexuées”.
Par contre, je dois me surveiller au quotidien avec mes élèves. Par exemple, dans ceux qui m’aident, j’ai tendance à confier certaines tâches aux filles et d’autres aux garçons : je demande plus souvent aux filles de ranger et de couvrir les livres, ce qui se rapprochent de tâches ménagères finalement, alors que les garçons auront plus souvent l’occasion de s’occuper de tâches informatiques (saisies, publications sur le blog…) donc intellectuelles ou de transporter des choses, tâche plus physique, certes, mais que des filles pourraient très bien accomplir car il ne s’agit pas de présumer de leurs forces.
Mais j’ai remarqué aussi qu’entre eux, ils s’organisent énormément comme cela. Si je les laisse autonomes, les filles s’effacent souvent devant les souhaits des garçons. Et si, par exemple, je fais un atelier “couverture de livres”, les garçons s’envolent systématiquement à la sonnerie, laissant aux filles le soins de ranger et de nettoyer les bouts de filmolux et autres petits papiers qui trainent.
Et pire que tout, ils prennent inconsciemment en cause les origines les élèves. S’il y a dans le groupe une fille d’origine maghrébine par exemple, c’est quasiment elle qui va se coller au rangement à tous les coups.
Depuis que j’ai réalisé ça, je surveille beaucoup plus les consignes que je donne. Mais le combat n’est pas gagné…
c’est un sujet de reflexion depuis la naissance de la miss ici aussi. Elle vient d’avoir 3 ans, on rentre dans la période ou elle va être de plus en plus influencé par les autres/ les normes sociales. J’aurais beaucoup de choses a dire, mais là tout de suite, je me contente de cette affiche croisée ce matin sur la toile:
http://imaginaction.over-blog.org/article-25566919.html
Qu’elle est difficile cette question … A quel moment un(e) enfant demande-t-il/elle les cadeaux qui lui font vraiment envie, pas ceux dont il/elle est censé avoir envie, que tous ses copains/copines ont, et qu’on lui montre dans les catalogues ?
En même temps, si le jouet/jeu ne leur plaît pas, ils le laissent de coté, donc, on n’aura pas pris d’autre risque que celui de leur ouvrir un peu l’esprit …
Tout ça pour dire, je pense que tu as bien fait ! Notre nièce n’a qu’un an, et je pense qu’on va commencer très vite à se poser ce genre de questions ! :p
Pour le moment, nous n’avons pas demandé leur avis à nos jeunes enfants (1 an et 3 ans) donc les cadeaux que nous leur avons offert n’ont pas été particulièrement sexués … mais les réflexions de l’ainée “c’est pour les filles, c’est pour les garçons” se multiplient depuis qu’elle va à l’école et le problème risque donc de se poser assez vite.
Comme dit plus haut…il y a le juste équilibre à trouver entre le message que l’on veut faire passer aux enfants (tu n’es pas obligée d’aimer les poupées parce que tu es une fille) et la mise à l’écart sociale.
Nous avons la même réflexion avec Miss Blondinette. Qui est rose, fées et barbies par excellence. Mais qui aime aussi jouer aux playmobils chez nous. Chez sa maman, elle exprime pleinement ses envies de petite fille adorant les princesses, le rose et les papillons. Chez nous, elle tend un peu plus vers les playmobils.
Ca se passe bien pour elle. Mais curieusement, vous vous verriez, comme tu le relèves si bien, acheter une dînette à un petit garçon? Peut-être qu’il y jouerait volontiers chez lui…Mais à l’école, je pense qu’il se ferait vite chamailler. Et il faut faire attention à ne pas provoquer une mise à l’écart juste parce qu’on veut respecter nos idées égalitaires
J’aime beaucoup les cadeaux que vous avez choisis!!
Bises
Il y a deux ans de cela, j’ai cherché longtemps, très longtemps, un livre de pirate où l’héroïne est une fille… j’ai toujours pas trouvé et j’ai donc inventé moi même l’histoire pour ma fille. Mais elle s’est demandé si réellement, des filles pirates, cela existait (faut croire que mon avis n’est pas parole d’évangile). Du coup, et c’est générale depuis longtemps, si elle veut jouer aux pirates ou aux chevaliers, elle est un garçon; si elle veut jouer à la princesse ou la maman, elle est une fille.
J’avoue que cela me désole profondément qu’elle ne se sente pas légitime en tant que fille dans les rôles d’aventuriers.
C’est bien pour ça que je me réjouis des envies de ma fille. OK, il y a du rose et bien un peu de princesse, mais elle aime les jeux qui font réfléchir, tout ce qui peut servir à apprendre à lire l’heure, les livres, bref, elle ne cède rien à la “petite fillerie” !!
Je ne cesse de me heurter à ce problème de pression sociale, tellement bien intégrée que je me sens gauche quand j’aborde les métiers “masculins” face aux jeunes filles de 3ème qui viennent me voir pour discuter orientation; quant aux enfants autour de moi, j’ai pris un parti simple: des livres, des livres, des livres. Et jamais “fifille” ou “mec”, juste sur des thèmes qui me semblent les intéresser par delà ce formatage. Ce sera plus difficile quand j’aurai des enfants, j’en suis bien consciente. Je serai toujours reconnaissante à ma mère qui nous avait constitué une malle à déguisements – pas en satin synthétique criard, non, de vrais vêtements anciens de ses grands parents, de ses parents et même certains de ceux qu’elle ne portait plus depuis longtemps. Nous faisions des cabanes de draps qu’elle nous autorisait à laisser en place plusieurs jours, et nous inventions des costumes faramineux à base de torchons à vaisselle. Et nous avions beaucoup de livres. Je suis souvent choquée par la profusion de jouets sonores voire “parlants” (pour pallier à quel manque relationnel?) en plastique, déjà souvent marqués fille ou garçon, “possédés par des enfants de moins de deux ans…
Mema, tu peux lui dire, à ta fille qu’il y a eu quelques femmes pirates et qu’elles devaient souvent se travestir pour éviter de se faire débarquer ou harceler. Il existe un beau roman jeunesse, Mary Tempête, sur ce sujet.
Je voudrais juste, si tu permets, rebondir sur ce que dit Floh (que je salue d’ailleurs). Pour la plupart d’entre nous, il est plus facile d’offrir un établi de menuisier à une petite fille qu’une dinette à un petit gars. Comme si assumer son coté masculin quand on est une fille était “un plus”, mais que pour un garçon, assumer sa part de féminin était un “moins”… Personnellement, je n’ai pas fini de méditer cette question !
@ Aka : Je fais personnellement un métier “de mec”, et c’est l’éclate ! Je me doute que c’est plus facile à dire qu’à faire, mais n’hésite jamais à proposer des métiers “masculins” à des filles et inversement, il est des gens à qui cela réussit trèèèès bien
C’est une question à mon avis cruciale et particulièrement difficile. Cruciale parce que j’imagine qu’on est conditionné par ses jeux, que les stéréotypes commencent dès l’enfance et que mettre dans les mains des petites filles des poupées, des dinettes et autres (horreur !) panoplies pour faire le ménage n’est pas du tout sans conséquences. Il est évident que les jouets reflètent et influencent la répartition sexuelle des roles dans la société. Difficile parce que forcer une gamine à jouer aux voitures alors qu’elle voulait un déguisement de princesse n’est pas souhaitable. Je me demande bien à quel moment les petites filles commencent à vouloir des poupées et les garçons des garages.
, les marchands de jouets aiment beaucoup les petites cases dans lesquels mettre les sexes.
Sans même aller jusqu’à offrir des sacs à mains aux filles et des jeux scientifiques aux garçons (tu as failli faire très fort
Récemment, les magasins Ca***four (qui n’en étaient pas à leur coup d’essai en matière de publicité sexiste) a affiché une publicité montrant deux vélos d’enfants. L’un, le plus grand, bleu foncé et rouge, VTT avec un coffre type scooter à l’arrière. L’autre, plus petit, rose et bleu clair, avec un dessin de princesse dessus, est un vélo de ville avec un siège bébé. Les vélo sont référencés “kid boy et kid girl”, je pense que je n’ai pas besoin de dire lequel est lequel. Même en achetant le même cadeau à un garçon et une fille, on réussit à leur véhiculer des messages : garçon = sport, (si j’extrapole un tout petit peu ce que symbolise un VTT= aventure, compétition), fille = maman qui s’occupe des enfants.
Moi, je trouve ça grave et je ne vois pas très bien comment les mentalités peuvent évoluer si on fourre dans le crâne des gamins dès leur plus jeune âge des idées aussi sexistes sur la place qu’ils doivent occuper dans la société.
Quand en plus c’est tellement insidieux que personne n’y prête attention comme dans cette pub pour vélo, ça me fait peur.
Bon, ici avec mes 2 gars qui ne vont pas à l’école, les considérations sexistes sont aussi de mises : rien que dans les catalogues de jouets ils passent les pages roses dévolues aux jeux de fille.
Je ne rate pas une occasion de leur expliquer qu’ils peuvent pleurer, parce qu’ils reviennent du centre aéré en disant qu’on est une mauviette si on pleure (contact avec les autres garçons élevés de cette manière, et pas des mots d’animateurs, qui sont respectueux).
Sinon, avec leurs copines, les jeux tournent effectivement autour des princesses. Mais généralement c’est un peu à tour de rôle : un coup tu es le prince charmant et on fait un “papa-maman”, un coup tout le monde guerroie avec les armes.
Pour les jeux, rien de rose chez nous. Mais force m’est de constater que très jeunes (1an) l’ainé regardait les motos, le cadet les voitures, les chantiers, les camions, etc.
Alors que nous n’avons rien induit, et que dès le départ ils ont vu maman bricoler et papa faire le ménage, vaisselle, linge.
Il y a plein de jeux asexués. Et les films de Miyazaki sont un vrai bonheur : les miens les regardent régulièrement, et aiment beaucoup Kiki, pourtant une fille….
Pour les livres voir sur ce lien : http://www.lab-elle.org/
Sur France inter (ça doit être encore podcastable) la veille de Noël j’ai entendu une journaliste qui interrogeait un garçon sur les cadeaux que lui apporterait le Père Noël. Il disait qu’il fallait qu’il soit sage. Quand elle lui demandait ce qu’était être sage il répondait qu’il ne fallait pas faire de colère. La journaliste lui demandait ce qui arriverait il s’il n’avait pas été sage ? Il a répondu qu’il recevrait alors “des jouets de filles … comme des Barbies et moi j’aime pas trop ça (il n’a pas dit qu’il n’aime pas !) je préfère des camions, des voitures” …
Je pense que ce sont les parents qui ont proféré une telle “menace”…. La route est encore longue vers l’éducation à l’égalité.
J’avoue avoir été surprise que mon petit fils de 7 ans demande à se faire percer les oreilles pour porter des brillants… égalité ….