La bouseuse est aussi une dame du CDI comme la vraie et Lizly, entre autres …
La bouseuse (oui, le lundi soir, je parle de moi à la 3e personne, un truc d’ego malmené sans doute) est aussi une ex-lectrice repentie de magazines de fifilles.
Et la bouseuse voit défiler dans “son” CDI des jeunes filles avec dans leurs sacs, qu’elles tiennent de façon à se luxer l’épaule tout en se tordant le poignet, des magazines qui leur expliquent dans tous les sens comment être de bonnes consommatrices complexées (on achète davantage) et complexées d’être complexées (puisqu’on doit tout réussir tout le temps et avec le sourire).
Ça l’agace.
Du coup, elle cherche de la presse féminine (pour attirer le cœur de cible suscité) intelligente et indépendante.
Elle sélectionne deux titres : Causette et Shi-zen. (Et elle va redire je, parce que ça va déjà mieux)
Shi-zen, c’est le mag féminin éthique et pas toc. Ça reprend un peu tout les classiques du genre, mode, tourisme, consommation, reportages, culture, bonnes adresses … avec un angle écologique et social affirmé, mais guère politique. Les mannequins ne sont pas des mannequins, mais des femmes comme tout le monde, pas retouchées, et de différentes générations. Peu de pub, et sélectionnée selon des critères éthiques. Éminemment sympathique, résolument optimiste, avec de jolies plumes un peu absurdes parfois … un peu trop “globalement inoffensif” pour moi, mais parfait pour mes moments de douceur un peu régressive.
Mais bon, avec mes lycéennes, ça ne prend pas. La faute à la couv’ un peu arty ? Parce que ça parle pas de cul ni de drague ? Je sais pas trop.
Causette, c’est le magazine plus féminin du cerveau que du capiton. Ça bouscule : des sujets sociaux, politiques, sexuels, avec un parti pris qui envoie du bois et de l’humour pas piqué des vers. C’est une revue géniale. L’énergie d’un fanzine, des dossiers bien construits, éclairants mais simples, et un bel objet. Et 100% sans pub. Mais là, c’est moi qui coince : trop trash pour que je l’expose en intégralité au lycée, pas envie de défendre devant des parents scandalisés l’article provoc’ sur les bienfaits du sperme. Donc je l’achète pour mon bénéfice personnel et les articles les plus intéressants rejoignent les dossiers documentaires. Sur mes deniers, n’est-ce pas que je suis chouette comme dame du cdi. Lâche, mais chouette.
Donc j’en étais là (c’est-à-dire : nulle part et sans magazine pour mes jeunes qui lisent Biba), quand j’ai appris la naissance d’un nouveau magazine, Les Pétroleuses. On en parle pas mal dans la blogosphère vu que la revue en est issue : l’idée était de prendre des plumes du net pour faire un magazine féminin différent. Mais pas trop malgré tout comme on le constate en lisant le premier numéro. Certains articles sont écrits avec les pieds (ou comment fâcher ceux qui disent du bien de ce mag avant de fâcher ceux qui en ont dit du mal), d’autres sont brillants et nécessaires (“On reprend la main” de Maïa Mazaurette pour ne pas le citer). Sans pub, mais ça ressemble, beaucoup plus que les deux autres, à un féminin classique, sur la forme, et aussi sur le fond (je suis d’accord avec tout ce que la dame dit là). Mais si l’idée, c’est de faire lire un magazine différent à celles qui lisent les Maries-Pétasses classiques, je pense que Les Pétroleuses peuvent jouer le rôle d’amorce. Et j’ai bon espoir que ça marche avec mes lycéennes. Et mes lycéens !