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Encore une phrase de Lizly, qui je crois, s’attendait à une petite fiction. Ou alors, c’est moi qui aurait aimé écrire un truc drôle et enjoué, avec un jeune homme de ménage qui aime que tout brille chez ses clients mais qui vit lui-même dans dans la crasse, par lassitude de vivre seul.

Par exemple.

Ou je vous aurais raconté la soirée où, rentrant d’une colle de philo assez désespérante lors de mon année d’hypokhâgne, déprimée et épuisée, j’avais ouvert la porte de mon studio sur un rideau de pluie. Oui, il pleuvait dans mon salon. Conclusion idéale d’une journée dramitico-ridicule.

Mais aujourd’hui, cette petite phrase absurde me renvoie à mon quotidien qui l’est tout autant, et de manière tout aussi insignifiante et mièvre, sauf pour moi.

Je trouve fou de ne voir mon Chapeauté que deux jours par semaine, de me coucher sans lui, d’avoir froid toute la nuit à défaut de son corps-bouillotte, de rentrer le soir sans lui parler de ma journée, et de pourquoi je pense que mon CDI manque de recoins. Je ne le vis pas bien.

J’aime bien mes élèves cette année, la relation que l’on construit. Donc je travaille, je me fais des petits plats, j’écrivaillonne, je vais au yoga, je lis de bons livres.

Et je trouve que je n’ai pas le droit de me plaindre. Parce que j’aime le Chapeauté, qu’il m’aime aussi, qu’on se construit une vie qui a du sens, qu’on a des amis sur qui compter, assez de sous pour pas trop y penser …

N’empêche, la tristesse de cette vie quotidienne sans lui rend tout gris. Tout bête. Tout insensé.

Comme s’il pleuvait sous mon carrelage.

J’étais ailleurs

Petite, je m’évadais déjà, sans bouger d’un pouce. Immobile et silencieuse, je devenais indienne, pirate, mendiante, sauvageonne, cow-boy ou navigateur, par la grâce de bouquins écornés, emmenés partout. Longtemps j’ai évalué l’intérêt d’un bouquin à la façon dont il avait été malmené, signe pour moi qu’on ne pouvait le lâcher.

Lycéenne, j’étais ailleurs que dans les cours. L’essentiel, c’était les mots échangés entre copines, dans la maison de ma mère des boîtes à chaussures recueillent ce palimpseste informe, énorme. Les cours ne me demandaient qu’une attention distraite, l’important se jouait dans ces échanges-là. J’y pense souvent, maintenant que des lycéens sont mes élèves.

Pendant mes études, mes amis voulaient être profs, de français ou d’histoire, moi je ne savais pas, je les enviais un peu de déjà savoir ce qu’ils voulaient faire, qui ils étaient. Je cherchais quelque part où aller.

Aujourd’hui je suis toujours un peu ailleurs. Militante, mais pas syndiquée, et sans la culture et l’habitude des manifs ; documentaliste mais ne comprenant rien aux propos de salle des profs, mariée et amoureuse mais persuadée que la notion de couple est à réinventer … De l’autre bout de la lorgnette aussi je suis un peu ailleurs. Mes amis artistes-écolos-sur-les-routes s’étonnent de cet achat de maison, de cette envie de vivre à deux, de mon métier conventionnel. Je suis encore ailleurs.

Je n’en suis pas fière, honteuse non plus. Mon chemin, en plan large, paraît bien tracé ; quand on se rapproche, les lignes sont plus floues. Comme tout le monde peut-être, je suis à moi-même insaisissable.

Deuxième impromptu inspiré des 366 réels à prise rapide découverts grâce à Lyjazz, auxquels s’essaie Floh en ce moment. Il s’agit d’écrire quelques lignes par jour, tous les jours, en commençant par une expression (répertoriée dans un calendrier perpétuel). J’ai adapté en piquant une phrase au hasard (en titre). Celle-ci m’a été suggérée par Lizly. Je ne m’interdis pas de me servir des expressions du calendrier pour autant.

” me disait mon père, des restes de colère dans la voix, quand il réussissait enfin à me faire un vaccin.

La voix de mon père. Sa stature. Quand j’ai atteint ma taille adulte, il ne me manquait plus que quelques centimètres pour le rattraper, mais au fond, il était toujours cette montagne intranquille.

Mon père me manque. Ça fait peu de temps que je le réalise vraiment. Sa mort il y a huit ans m’a hébétée, son absence m’a coupé les ailes, réaliser qu’elle serait définitive m’a déchirée.  Au bout de ce long processus, je peux dire aujourd’hui que mon père simplement me manque.

 

Premier impromptu inspiré des 366 réels à prise rapide découverts grâce à Lyjazz, auxquels s’essaie Floh en ce moment. Il s’agit d’écrire quelques lignes par jour, tous les jours, en commençant par une expression (répertoriée dans un calendrier perpétuel). J’ai adapté en piquant une phrase au hasard sur le net (en titre). Je ne m’interdis pas de me servir des expressions du calendrier pour autant.

Première partie de ma réponse au vaste questionnaire d’Akemi Sora. J’ai décidé de vous dévoiler ma sélection petit à petit, selon le besoin du jour, et sans aucune prétention. En musique, je suis une pique-assiette, je n’y connais quasi rien et mon intérêt est au final limité. La musique est une bande-son de ma vie, mais je n’ai pas de passion pour elle, elle ne me transporte pas, elle m’accompagne. Mes rapports avec la cuisine et avec la musique se ressemblent : je ne suis pas une vraie connaisseuse, mais j’apprécie ce qui est bon, je suis curieuse, je connais quelques basiques, et j’ai des amis passionnés pour me faire découvrir.

Si je peux vous recommander le blog d’un amoureux de la musique, lisez Henri.

On commence, météo oblige, par mes chansons fétiches pour après-midi pluvieuse. Je suis enroulée dans mon plaid, un chat sur un genou, un gros bouquin sur l’autre, probablement encore en pyjama. Mon amoureux est pas loin, ça se voit à mon sourire, mes traits détendus, mes gestes presque languides. Une tasse de thé fume à portée de main.

Je commence par me réchauffer à la voix de Tom Waits. J’ai la chance incroyable de vivre avec un homme qui a le même genre de timbre … et qui m’a introduit aux meilleurs albums du bonhomme (j’avais mal démarré).  Ceux-là me plaisent par leur côté spontané, presque bricolé : tiens, un coq qui chante, là on est dans un bar non, on entend des verres et des rires ? Tom Waits a l’air de s’amuser de sa propre nonchalance, et ça me plaît.

Je continue avec un morceau plus languide. La pluie me donne envie d’allumer des bougies et d’écouter de la musique un peu mélancolique. D’où Hurray for the Riff Raff, un groupe rencontré complètement par hasard. Les trois membres du groupe sont les amis d’un ami, on les a hébergés quelques jours, du coup on est allés à leur concert, et on est tombés sous le charme, autant des gens que de leur musique. La voie de la chanteuse, et les mélodies lentes et comme retenues me font savourer le bonheur tout simple d’être là, et pas ailleurs, présente au milieu de mes souvenirs.

On revient sur du connu, que je ne suis pas peu fière d’avoir découvert toute seule, fait plutôt rare pour moi : Alela Diane. J’aime ses chansons, son univers qui ressemble, je crois, au mien, le côté un peu garçon manqué de son chant, sa grâce un peu brute, paysanne. Ce morceau m’inciterait plutôt à mettre mes bottes et à aller faire ce que j’ai à faire, pluie ou grêle, mais son album avec Alina Hardin est parfait pour rester dans ma bulle.

Gracias a la vida

que me ha dado tanto …

Une petite liste de gratitudes légères aujourd’hui.

Merci au Chapeauté qui m’a promis un pot-au-feu pour ce week-end. Je n’en ai pas mangé depuis des années !

Merci à ceux qui me proposent des idées de billets, qui me proposent d’écrire, ici ou ailleurs.

Merci à ceux qui n’oublient pas que je les aime très fort même si j’ai quarante ans de retard dans mon courrier. J’ai hâte de vous revoir.

Merci à Toulouse qui est décidément ma ville, même si je ne suis plus citadine. J’y suis passée très rapidement mardi dernier, et  mon sourire béat intriguait les passants.

Merci à la réalisatrice qui passe gratuitement au lycée, pour le plaisir de parler de son film, du cinéma documentaire en général, sans avoir rien à vendre.

Merci à tous ceux qui laissent des petits mots ici, j’aime ces fils qui s’entremêlent, ces échos, même si j’ai le sentiment de ne pas en prendre assez soin.

Merci à ceux et celles qui parlent d’amour.

(Là, j’ai failli vous mettre une photo avec un escargot qui fait un coeur avec ses antennes, mais je me suis retenue)

C’est drôle, à la suite de ce questionnaire, il y a eu quelques réactions embarrassées. Telle cette personne acceptant d’y répondre “Mais bon, tu seras peut-être déçue, je n’ai pas ta culture”. Comme moi me demandant si je ne parais pas snob en avouant ce qui est pour moi une lacune, mon peu de goût pour la littérature jeunesse.

Au lycée, une collègue a proposé que nous fassions une “bibliothèque orange” informelle : en gros, chaque participant met un livre récent qu’il a aimé dans un pot commun, on établit un calendrier et chaque livre passe dans les mains de chaque participant.

Il y a eu beaucoup de retours un peu gênés, “je ne sais pas si ce que je lis va intéresser les autres”, “ah mais moi j’achète d’occasion”, “j’ai pas le temps” … beaucoup plus que de francs “Ca ne m’intéresse pas.”

Et bien sûr, tout dépend du contexte. Comme je lis pas mal de trucs différents, je ne mettrai pas en avant les mêmes lectures avec ma collègue de travail agrégée de lettres classiques qui relit Tolstoï pour se détendre sur la plage (véridique), celle qui adore Pennac, mon amoureux qui ne lit que des documentaires et de la SF à l’occasion, ceux pour qui les livres sont de la Culture et sont pour qui ils sont des compagnons de vie …

Là, je n’ai pas pris de risque : un Paul Auster, auteur que je trouve à la fois passionant et simple. N’empêche que je me suis creusée la tête : je n’achète guère de livres récents, pas question de faire partager une erreur d’achat, ça c’est un peu intello, celui-là parle beaucoup de fesses (et j’ai corné les pages), celui-là j’ai passé un bon moment mais bon c’est pas super bien écrit que vont penser les collègues ?

Si vous me permettez une comparaison flamboyante (ahem) :  montrer ce qu’on lit (ou ce qu’on ne lit pas), c’est un peu montrer sa culotte (ou qu’on ne porte pas).

Sous vos applaudissements, c’était le billet cheap du jour.

Aveu : j’ai beaucoup aimé lire Mange Prie Aime : plein de bons sentiments, léger et vite écrit, mais sincère et frais. Et vous, y a des trucs que vous lisez sans le dire ?

Photo de Brian Lane Winfield Moore, cliquez pour sa galerie

La bouseuse est aussi une dame du CDI comme la vraie et Lizly, entre autres …

La bouseuse (oui, le lundi soir, je parle de moi à la 3e personne, un truc d’ego malmené sans doute) est aussi une ex-lectrice repentie de magazines de fifilles.

Et la bouseuse voit défiler dans “son” CDI des jeunes filles avec dans leurs sacs, qu’elles tiennent de façon à se luxer l’épaule tout en se tordant le poignet, des magazines qui leur expliquent dans tous les sens comment être de bonnes consommatrices complexées (on achète davantage) et complexées d’être complexées (puisqu’on doit tout réussir tout le temps et avec le sourire).

Ça l’agace.

Du coup, elle cherche de la presse féminine (pour attirer le cœur de cible suscité) intelligente et indépendante.

Elle sélectionne deux titres : Causette et Shi-zen. (Et elle va redire je, parce que ça va déjà mieux)

Shi-zen, c’est le mag féminin éthique et pas toc. Ça reprend un peu tout les classiques du genre, mode, tourisme, consommation, reportages, culture, bonnes adresses …  avec un angle écologique et social affirmé, mais guère politique. Les mannequins ne sont pas des mannequins, mais des femmes comme tout le monde, pas retouchées, et de différentes générations. Peu de pub, et sélectionnée selon des critères éthiques. Éminemment sympathique, résolument optimiste, avec de jolies plumes un peu absurdes parfois … un peu trop  “globalement inoffensif” pour moi, mais parfait pour mes moments de douceur un peu régressive.

Mais bon, avec mes lycéennes, ça ne prend pas. La faute à la couv’ un peu arty ? Parce que ça parle pas de cul ni de drague ? Je sais pas trop.

Causette, c’est le magazine plus féminin du cerveau que du capiton. Ça bouscule : des sujets sociaux, politiques, sexuels, avec un parti pris qui envoie du bois et de l’humour pas piqué des vers. C’est une revue géniale. L’énergie d’un fanzine, des dossiers bien construits, éclairants mais simples, et un bel objet. Et 100% sans pub. Mais là, c’est moi qui coince : trop trash pour que je l’expose en intégralité au lycée, pas envie de défendre devant des parents scandalisés l’article provoc’ sur les bienfaits du sperme. Donc je l’achète pour mon bénéfice personnel et les articles les plus intéressants rejoignent les dossiers documentaires. Sur mes deniers, n’est-ce pas que je suis chouette comme dame du cdi. Lâche, mais chouette.

Donc j’en étais là (c’est-à-dire : nulle part et sans magazine pour mes jeunes qui lisent Biba), quand j’ai appris la naissance d’un nouveau magazine, Les Pétroleuses. On en parle pas mal dans la blogosphère vu que la revue en est issue : l’idée était de prendre des plumes du net pour faire un magazine féminin différent. Mais pas trop malgré tout comme on le constate en lisant le premier numéro. Certains articles sont écrits avec les pieds (ou comment fâcher ceux qui disent du bien de ce mag avant de fâcher ceux qui en ont dit du mal), d’autres sont brillants et nécessaires (“On reprend la main” de Maïa Mazaurette pour ne pas le citer). Sans pub, mais ça ressemble, beaucoup plus que les deux autres, à un féminin classique, sur la forme, et aussi sur le fond (je suis d’accord avec tout ce que la dame dit là). Mais si l’idée, c’est de faire lire un magazine différent à celles qui lisent les Maries-Pétasses classiques, je pense que Les Pétroleuses peuvent jouer le rôle d’amorce. Et j’ai bon espoir que ça marche avec mes lycéennes. Et mes lycéens !

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